Полине Виардо - Письма 1862-1864 - Мемуары и переписка- Тургенев Иван Сергеевич

17(29) ноября 1863. Париж

Paris,

rue de Rivoli, 210.

Dimanche, 29 nov.

Theuerste Freundinn, je vous ai accablé hier de lettres et de télégrammes et j'espère que je recevrai enfin demain matin cette fameuse traite, envoyée Dieu sait pourquoi poste restante1. Si elle s'est égarée en route, je ne pourrai pas toucher la moindre petite somme ici, car Mr le banquier Dutfoy n'a pas plus reèu d'avis que Mr Rothschild. Dans ce cas, j'emprunterai ici assez d'argent pour en laisser à Mme Innis, pour faire les emplettes nécessaires et revenir à ma chère Schillerstrasse2,-- et je retélégraphierai à Mr Athanase Feth3 à Moscou, tout en l'envoyant in petto à tous les diables.

J'ai reèu ce matin votre bonne petite lettre4 - mille fois merci. Toutes vos commissions seront ponctuellement remplies.

Je ne pourrai malheureusement partir que mercredi, car mon enchifrènement est devenu une espèce de rhume de cerveau torrentiel, comme j'en ai quelquefois, et je crains que je ne sois obligé de garder la chambre toute la journée d'aujourd'hui, ce qui me retardera d'autant.-- J'avais le pressentiment de ce vilain contretemps. Mais vous pouvez faire dire dès à présent à Mme Anstett qu'elle m'attende mercredi soir. Je lui suis bien reconnaissant des soins qu'elle prend de Pégase5: c'est une excellente femme.

Les Troubetzkoï sont toujours à Bellefontaine; je ne verrai l'ambassadeur6 qu'après-demain, la veille de mon départ. Mon diable de rhume m'a empêché de voir Millet et Ducamp7 - je ne bouge plus depuis hier 2 heures. J'ai pourtant vu Mme Guillon au Grand Hôtel et j'ai longuement causé avec elle. Mme Innis a fait ce petit voyage en Angleterre pour tâcher de rattraper une vieille dette d'une centaine de livres et n'y a pas réussi.-- Paulinette est un peu plus gentille et plus caressante. Mais nous sommes bien loin l'un de l'autre. De très faibles lueurs de maillot rose apparaissent sur l'horizon, mais il y a eu tant de déceptions à ce chapitre que je n'y croirai que quelques semaines après8.

Le monsieur russe9 avec lequel j'ai dîné avant-hier est un employé important dans le genre de Milutine avec lequel il a travaillé à l'émancipation des serfs. Il sait bien ce qui se passe derrière les coulisses à St-Pétersbourg - et il me conseille aussi d'y aller, en m'assurant que j'y resterai le temps que je voudrai10.-- C'est égal, comme pour le maillot rose, je ne serai complètement tranquille qu'après.

Dites à Didie que je m'attends à un beau dessin pour mon retour, le dessin qu'elle me doit depuis le 9 novembre11. Embrassez-la de ma part, ainsi que Marianne et Paul. Dites-leur que je ne serai content que quand je serai assis dans leur chambre, sur une de ces fameuses chaises dont le dos représente les deux cornes d'un taureau.

Vous-même, portez-vous bien, travaillez et à bientôt.-- Mille amitiés à Viardot - j'espère qu'il aura fait bonne chasse.

Ich küsse zärtlich Ihre lieben Hände und bleibe auf ewig

Der Ihrige

J. T.

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