Луи Поме - Письма (Апрель 1864-декабрь 1865) - Мемуары и переписка- Тургенев Иван Сергеевич

21 декабря 1865 (2 января 1866). Баден-Баден

Bade,

Schillerstrasse, 277,

ce 2 janvier 1866.

Mon cher ami, La lettre que je vais vous écrire est grave et je vous prie de la lire avee attention.

Il s'agit de ces bruits absurdes qui ont couru et qui, à ce qu'il paraît, courent encore sur le compte de Mme Viardot1. Les mépriser plus longtemps serait dangereux et voici ce qu'on est décidé à faire:

1) Rompre immédiatement et sans retour avee Mme N.2 (c'est déjà fait).

2) Ecrire à des amis de Paris comme J Simon, Legouvé, etc., pour demander leur conseil et leur avis (Viardot a écrit hier deux lettres).

3) Venir à Paris dans le courant de l'hiver, y rester un mois à peu prèsr s'y montrer partout (je parle naturellement de Mr et de Mme Viardot). Ce serait bien le diable si après cela on continuerait encore de parler de procès, séparation, etc.

Mais pour remplir cette troisième clause, on a besoin de vous. Vous savez combien Viardot est difficile à remuer, combien il prend racine. Il faut donc que vous m'écriviez une lettre dans laquelle, après avoir parlé sans réticence aucune des bruits courant et de leur origine, vous donneriez, comme venant de vous, et inspiré par votre amitié (ce qui, du reste, est parfaitement vrai) le conseil aux époux Viardot de venir passer quelque temps à Paris. Vous pouviez ajouter que vous aviez regretté que Viardot ne fût pas venu à Nancy lors de votre noce. Votre lettre doit être combinée de faèon à pouvoir être montrée par moi à Viardot (il sait que je connais les bruits qui courent); je tâcherai alors d'appuyer de mon côté sur la nécessité de son voyage. Rien ne vous empêche de m'inviter d'être aussi de la partie: il est probable que je ne le ferai pas, mais vous ferez bien de l'écrire, pour concentrer l'attention de Viardot sur le seul point important - les rapports supposés de Mme Viardot avec cette autre affreuse personne3. Vous rendriez par là un très grand service à notre amie commune, qui, certes, de toutes les femmes, est celle qui devrait être le moins exposée à de pareilles éclaboussures. Je m'adresse à votre amitié, à votre bon sens et à votre cœur: je suis sûr qu'ils vous dicteront une lettre excellente et qui produira l'effet désirable. Ne tardez pas, car il faut que cette idée de voyage ait le temps de mûrir dans la tête de Viardot. J'attendrai votre réponse avec impatience4.

Tout le monde va bien ici - le voyage de Berlin a fait le plus grand bien à Mme V5. Sa santé revient à vue d'œil - malheureusement ces dernières tracasseries - ces pénibles préoccupations l'ont troublée de nouveau, il faut à tout prix lui rendre le repos.

Mme Viardot m'a dit que vous êtes fort content de votre nouvel appartement6, que vous avez de grands projets de travail, tant mieux! Je voudrais pouvoir en dire autant de moi-même! En attendant, je vous embrasse cordialement tous les deux, Jeanne et vous^ et vous prie de croire à mon inaltérable attachement.

J. Tourguéneff.

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